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Les autres philosophes partent de leurs idées et les exploitent (avant de s’y empêtrer; d’ailleurs, ils ne vont pas très loin ; par exemple, le néant pour eux est une réalité ! Autant dire que le carré est rond. Ils partent ainsi d’absurdités et en trouvent plein d’autres; il y a du mérite à cela). Bergson part d’observations très concrètes et réussit à trouver les lignes directrices de n’importe quel sujet abordé. Il observe avec tant de minutie qu’un effort de concentration est nécessaire. Mais le résultat vaut le détour: vous avez tout d’un coup la certitude de maîtriser tout ce qui a pu être dit sur le sujet jusque là. Plus important encore : Bergson vous explique les raisons psychologiques qui nous aveuglent. Bien sûr, on peut penser que sa pensée finit par vous envoûter et que vous tombez dans le panneau. Mais, en y regardant de plus près, vous vous apercevez que tout ce qu’il dit s’appuie sur des choses très précises. Tout d’un coup, ce dont il parle s’anime, vous avez la sensation précise d’entrer dans le mouvant et vous voyez le mouvement se dessiner et engendrer, par la pensée, l’organisation de tous les détails sous-tendus. La certitude, à ce moment-là, ne fait plus de doute. Sa méthode est toujours la même: il oppose d’abord et rassemble ensuite. Les maîtres- mots sont “temps homogène” et “durée concrète”; “statique” et “dynamique”; pression et aspiration. Toute son œuvre consiste à montrer que les philosophes se sont, jusque-là, attachés au “statique”. Le nominalisme en est le meilleur exemple. Alors que pour comprendre le “statique”, il faut d’emblée se plonger dans le “dynamique”. Ceux qui ne le font pas tombent alors dans un tas de faux-problèmes qui finissent par les aveugler. Il est aussi faux de penser que le fait de nommer, définir, mémoriser permette de philosopher, que de penser que la mémoire du cerveau soit véritablement active, que de penser que l’intelligence suffise ou soit une limite à notre capacité de toucher à l’absolu. Toutes ces vues sont “statiques” et éloignent à plus ou moins brève échéance tout le monde de la Philosophie. Prenez le problème de la mémoire: en plus de la mémoire du cerveau, il y a la mémoire de l’esprit laquelle par son activité permanente permet de voir dans le temps des choses que vous n’aviez pas vu au moment de la première mémorisation ; cette mémoire là est le véritable moteur de la durée laquelle est le gage de la liberté et donc du bonheur. S’ils étaient sur un bateau, ils se raccrocheraient au mât, se coucheraient par terre, seraient malades alors que ceux qui sont dans le mouvement finissent par prévoir les mauvais coups. Cette attitude d’esprit ne se commande pas: les hommes naissent avec et finissent par la perdre tout simplement parce qu’ils ne l’utilisent pas (le bonheur de l’enfance ne s’explique pas autrement). La raison essentielle pour laquelle l’homme se polarise sur le “statique” est qu’il a besoin de vivre, d’agir et de maîtriser les éléments. Et comme il le fait assez bien naturellement, il se dit qu’il peut aussi employer cette façon de réfléchir pour tout ce qui le concerne. Les problèmes vraiment complexes nécessitent d’intégrer, en plus de l’approche par l’intelligence, cette attitude d’esprit. C’est pourquoi je pense que Bergson sera le philosophe du 21ième siècle, à moins que l’humanité n’en ait pas besoin, où ne veuille pas faire l’effort, où passe à côté. Face à des problèmes complexes, toute autre attitude amène à la souffrance. Synthèse due à la pensée et à la plume de mon cousin trop tôt disparu en 2009, Benoît de la Gorce. In memoriam, Pikkendorff Tags associés : de la gorce, bergson, Benoit, gorce, synthese, henri, bergson
Dimanche 08 Novembre 20092 commentaire(s)
"Trop d'occupations, une vie frénétique, finissent souvent par endurcir le coeur.[...] Sans la prière quotidienne, l'activisme nous guette."
Benoit XVI, lors de l'audience générale du 25 Avril 2012 à Rome;
Lectori Salutem, Pikkendorff
Lundi 07 Mai 2012Poster un commentaire
Lettre encyclique de Sa Sainteté la Pape Benoit XVI sur l’amour chrétien.
En moins de 80 pages, disons en 2 heures de lecture, pour trois, oui trois €uros, Sa Sainteté le Pape Benoit XVI nous fait partager la réalité de l’Amour chrétien dans toutes ses dimensions. Dans un monde ou l’on associe parfois la vengeance au nom de Dieu c’est un message qui a une grande actualité et une signification très concrète. Cette lettre est en deux parties : d’une part l’Amour humain et son lien intrinsèque avec l’Amour de Dieu offert gratuitement à l’Homme, d’autre part l’Amour et sa pratique par l’Eglise en tant qu’institution ou organisation vivante dans le Monde. ‘’Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour demeure dans Dieu, et Dieu en lui’’ (1 Jean 4,16) Le français nous proposant qu‘un seul mot de vocabulaire se mélange alors l’amour filial, de son aimé(e), de son chien, de son pays ou de la galette des Rois de ce midi. Les grecs utilisent trois mots permettant de préciser leur pensée : Eros ou le désir, Agapê ou l’accord de l’âme, le partage spirituel et Philia ou l’amitié. Benoit XVI revient sur une question récurrente au sein de notre société postmoderne : Le christianisme a-t-il détruit l’Eros ? ‘’L’Homme devient vraiment lui-même quand le corps et l’âme se trouvent en profonde unité ; Le défi de l’Eros est vraiment surmonté lorsque cette unification est réussie. Si l’Homme aspire à être seulement esprit et qu’il veut refuser la chair comme un héritage simplement animal, alors l’esprit et le corps perdent leur dignité. Et si d’autre part, il renie l’esprit et considère donc la matière, le corps, comme la réalité exclusive, il perd également sa grandeur.’’ ‘’Eros et Agapê, amour descendant et ascendant, ne se laissent jamais séparer complètement l’un de l’autre.’’ Du mariage ‘’A l’image du Dieu monothéiste, correspond le mariage monogamique. Le mariage fondé sur un amour exclusif et définitif devient l’icône de la relation de Dieu avec son peuple et réciproquement.’’ De l’amour du prochain ‘’Si le contact avec Dieu me fait complètement défaut dans ma vie, je ne peux jamais voir en l’autre que l’autre, et je ne réussis pas à reconnaître en lui l’image divine. Si, par contre, dans ma vie, je néglige complètement l’attention à l’autre, désirant seulement être pieux, et accomplir mes devoirs religieux, alors même ma relation à Dieu se dessèche.’’ De la nature de l’Eglise ‘’La nature profonde de l’Eglise s’exprime par une triple tâche : Annonce de la parole de Dieu, célébration des Sacrements, service de la charité (diakona). Ces trois tâches qui s’appellent l’une l’autre et qui ne peuvent être séparées l’une de l’autre.’’ ‘’La doctrine sociale de l’Eglise argumente à partir de la raison et du droit naturel…Elle sait qu’il ne revient pas à l’Eglise de faire valoir elle-même politiquement cette doctrine : elle veut servir la formation des consciences dans le domaine politique et contribuer à faire grandir la perception des exigences de la justice…Cela signifie que la construction d’un ordre juste de la société et de l’Etat, par lequel est donné à chacun ce qui lui revient, est un devoir fondamental, que chaque génération doit à nouveau affronter.’’ De la relation entre la Charité et les ‘’progressistes’’ L’activité caritative chrétienne doit être indépendante de partis et d’idéologies. Elle n’est pas un moyen de changer le monde de manière idéologique et elle n’est pas au service de stratégies mondaines, mais elle est la mise en œuvre ici et maintenant de l’amour dont l’Homme a constamment besoin. L’époque moderne…est dominée par différents courants d’une philosophie de progrès, dont la forme la plus radicale est le marxisme. Une partie de la stratégie marxiste est la théorie de l’appauvrissement : celui qui, dans une situation de pouvoir injuste, soutient-elle, aide les hommes par des initiatives de charité, se met de fait au service du système d’injustice, le faisant apparaître supportable, au moins jusqu’à un certain point. Le potentiel révolutionnaire est ainsi freiné et donc le retour vers un monde meilleur est bloqué. Par conséquent la charité est contestée et attaquée comme système de conservation du statut quo. En réalité, c’est là une philosophie inhumaine. L’Homme qui vit dans le présent est sacrifié au Moloch de l’avenir- un avenir dont la réalisation effective est pour le moins douteuse. En vérité, l’humanisation du monde ne peut être promue en renonçant, pour le moment, à se comporter de manière humaine.’’ Et pour finir ‘’J’aurai beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurai beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne sert à rien.’’ Saint Paul (1Co 13)
Prenez deux heures et 3 euros pour accroître votre compréhension des dimensions de l’Amour. http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=7104 Patrick
Dimanche 04 Janvier 20092 commentaire(s)
“Le temps pourrait ne pas avoir de commencement, et pourrait très bien ne pas exister du tout”. Ce magnifique article de vulgarisation des dernières avancées théoriques et leurs perspectives méritait d’être traduit et mis à la disposition du public français.
Certes vous ne serez pas tous intéressés mais ceux qui voient dans l’Univers une source infinie d’étonnement, fondement même de la philosophie, sauront prendre le temps de se demander si le temps existe. Lectori salutem, Pikkendorff
Nouvelles théories, nouvelles perspectives : bientôt la fin du big-bang ? par Adam Frank pour le compte du Discover Magazine Un jour d’été 1990, le big-bang cessa d’exister aux yeux des physiciens Paul Steinhardt et Neil Turok. Alors qu’ils organisaient une conférence à Cambridge, en Angleterre, sur le thème de la réunion de la physique fondamentale et de la cosmologie, un même éclair de génie les frappa tous deux. La science serait-elle enfin à même de s’attaquer au grand mystère du big-bang ? Mieux encore, saurait-elle résoudre l’une des plus importantes problématiques de notre temps : l’avant-big-bang ? Aujourd’hui, Steinhardt et Turok ont approfondi cette vague idée qui leur avait traversé l’esprit. Avec l’aide d’une poignée de physiciens aux vues similaires, ils ont forgé une alternative sérieuse au modèle cosmologique reconnu par la majorité depuis un demi-siècle. En effet, selon la théorie du big-bang, l’Univers entier a jailli à un instant précis voilà quelques 13,7 milliards d’années. Cette nouvelle hypothèse nous présente, elle, un Univers pris dans une boucle infinie qui l’invite à se créer et à se recréer sans cesse. Elle se confirme même par des éléments corroborant le modèle actuel ! Il n’existe pas à ce jour de théorie plus approfondie pour faire face au dogme du big-bang, vieux de 40 ans. Parmi ses autres détracteurs, certains chercheurs vont jusqu’à envisager un temps infini qui ne s’écoulerait pas dans un univers, mais un multivers, soit une multitude d’univers dotés de leurs propres lois et de leurs propres histoires. D’autres encore aspirent à revoir le concept-même du temps, rendant ainsi l’idée de « commencement » obsolète. Tous ces hérétiques de la cosmologie se rejoignent pourtant sur une chose : le big-bang n’impose plus aucune limite à ce que l’esprit humain peut explorer. Big Idea numéro 1 : le prodige du super-univers La dernière version du modèle de Steinhardt et Turok date de décembre dernier, publiée par le biais d’Evgeny Buchbinder, de l’Institut Perimeter pour la physique théorique à Waterloo, en Ontario (Canada). Pourtant, l’inspiration de ce papier est bien antérieure aux théories modernes de l’Univers. Au 4e siècle après J.-C., Saint Augustin méditait déjà sur ce que le Seigneur faisait avant le premier jour de la Genèse (citant avec un certain sarcasme cette adroite répartie : « Il préparait des supplices à ceux qui sondaient l’abîme de ses secrets[1] »). Ce n’est qu’en 1929 que le monde scientifique s’empara de la question, lorsque Edwin Hubble détermina que l’Univers était en expansion. L’observation l’amena à suggérer que le cosmos s’étendait depuis une explosion : le fameux big-bang. Dans les années 1960, le modèle standard que nous connaissons prit forme : d’après lui, l’explosion n’eut pas lieu à un certain point dans le temps et dans l’espace : ce fut littéralement une explosion du temps et de l’espace. Avant cela, le temps n’existait pas. Une idée quelque peu difficile à avaler, y compris pour beaucoup de spécialistes. D’ailleurs, l’idée-même d’un commencement du temps est dure à imaginer : comment un univers décide-t-il qu’il est temps de se mettre à exister ? Des années durant, toute tentative de comprendre ce qu’il a pu se passer à l’instant du big-bang s’est vite vue soldée par un échec. Le modèle standard implique que l’Univers a débuté dans un état de densité et de température infinies. A de tels extrêmes, toutes les lois de la physique s’effondrent. Aussi, pour pouvoir remonter jusqu’aux débuts des temps, il faut élaborer une nouvelle théorie. Une théorie qui unifie la relativité générale et la mécanique quantique. Vers les années 1990, cette perspective d’unification s’améliore grandement avec le perfectionnement de la théorie des cordes : on pense alors se rapprocher d’une explication plausible au big-bang. Son application au monde réel reste à déterminer ; le Grand collisionneur de hadrons (LHC), un accélérateur de particules, devrait d’ailleurs nous en apprendre plus dès sa mise en fonctionnement à la fin de l’année. En attendant ses premiers résultats, les cordes nous ont déjà aidés à édifier d’étonnantes théories sur la construction de l’Univers. Parmi les plus récentes, on suppose par exemple l’existence de sept autres dimensions de l’espace, en plus des trois que nous connaissons. Des choses étranges mais fantastiques peuvent avoir lieu dans ces autres dimensions : c’est ce qui inspira cette conférence décisive de 1999, organisée par Paul Steinhardt et Neil Turok, respectivement des universités de Princeton et de Cambridge. « Nous voulions combler un certain vide laissé par le modèle du big-bang. Beaucoup de choses nous semblaient rester inexpliquées, explique Turok. Le but était donc de discuter de ce que la théorie des cordes pouvait impliquer dans le domaine de la cosmologie. » Le concept-clé de la conférence ? La brane, un monde tridimensionnel situé dans un espace de dimension supérieure (brane étant tout simplement l’abrégé de membrane). « C’est une notion qui commençait à peine à faire parler d’elle lorsqu’on a organisé la conférence, indique Steinhardt. Quelques temps auparavant, Neil et moi avions assisté à un débat durant lequel l’orateur les avait décrites comme des objets statiques. A la fin, nous avions tous deux posé la même question : et si les branes pouvaient bouger ? et s’il y avait collision, que se passerait-il ? » Une fabuleuse image prit forme dans l’esprit des deux physiciens : une feuille de papier emportée par le vent peut être comparée à une membrane bidimensionnelle évoluant dans notre monde tridimensionnel. Aux yeux de Steinhardt et Turok, notre Univers tout entier est une membrane, ou 3-brane[2], flottant dans un espace quadridimensionnel appelé super-univers. De plus, notre brane n’est pas unique en son genre : d’autres flottent dans le super-univers. Aussi, de la même manière que deux feuilles de papier peuvent s’envoler et se coller l’une contre l’autre dans le souffle de la tempête, diverses 3-branes pourraient entrer en collision au sein du super-univers. Les équations de la théorie des cordes supposent que chaque 3-brane devrait exercer certaines forces sur ses voisines directes, et que d’immenses quantités d’énergies sont retenues par ces forces. Une collision entre deux branes libèrerait ces énergies, et occasionnerait alors une formidable explosion à l’intérieur des branes. Et ça n’est pas fini ! Les caractéristiques théoriques de cette explosion correspondent fortement aux propriétés du big-bang, y compris le fond diffus cosmologique, soit le rayonnement issu de l’époque dense et chaude qu’a connu l’Univers dans ses premiers instants. Steinhardt ne cache pas son enthousiasme : « Ce fut une découverte extraordinaire pour nous, parce que cela signifiait que la collision de branes pouvait clarifier l’un des piliers de la théorie du big-bang ». Trois ans plus tard, une nouvelle révolution : Steinhardt et Turok se rendirent compte que l’histoire ne s’arrêtait pas là. « Nous ne cherchions pas de cycle, mais le modèle le présupposait tout naturellement », dit Steinhardt. A la suite d’une collision, l’énergie libérée crée une immense quantité de matière dans les mondes des branes. Celle-ci évolue ensuite pour former le type d’univers qui nous est familier : galaxies, étoiles, planètes, et tout ce qui va avec. Dans les branes, les mondes s’étendent et s’étirent ; de même, dans le super-univers, les branes s’éloignent l’une de l’autre. Lorsque les mondes se sont étirés au point qu’il semble y avoir plus de vide que de matière, les forces exercées entre les branes les rapprochent de nouveau. Une nouvelle collision se produit, un nouveau cycle de création commence. D’après ce modèle, chaque période d’existence, soit le cycle complet d’une collision à l’autre, durerait environ mille milliards d’années. Notre Univers n’en serait donc encore qu’à ses balbutiements, n’ayant parcouru que 0,1% du cycle actuel. Le concept de l’Univers cyclique résout efficacement le problème de l’avant. Une infinité de big-bangs implique un temps qui s’étire à l’infini dans toutes les directions. Steinhardt le confirme : « Le big-bang n’est pas un commencement du temps et de l’espace : il y a eu un avant. Et cet avant a de l’importance car il laisse une trace dans le cycle suivant ». Ce décalage par rapport à la conception cosmologique classique n’enchante pas tout le monde. Beaucoup de chercheurs jugent ces idées malavisées, ou encore dangereuses. « Un scientifique fort respecté dans le milieu nous avait conseillé de tout lâcher parce que nous étions en train de saper la confiance qu’a le public en cette vision de la création de l’Univers », explique Turok. Cependant, une grande partie de l’intérêt de cette hypothèse réside dans le fait qu’elle n’est pas seulement admirable : elle est vérifiable. Le modèle standard de l’Univers primordial prédit que l’espace doit être parcouru d’ondes gravitationnelles, de rides dans le tissu de l’espace-temps, seuls témoins des premiers instants de l’Univers après le big-bang. Ces ondes prennent un tout autre aspect dans le modèle cyclique, et cette différence peut être mesurée dès que les physiciens auront développé un détecteur d’ondes gravitationnelles suffisamment puissant. « Peut-être devra-t-on attendre 20 ans avant d’avoir la technologie nécessaire, admet Turok, mais dans la théorie, c’est possible. Vu l’enjeu, je pense que ça vaut bien la peine d’attendre. » Big Idea numéro 2 : la flèche du temps Si le concept de l’Univers cyclique offre une manière d’explorer le passé du big-bang, quelques scientifiques estiment que Steinhardt et Turok n’ont fait qu’éluder un plus grand problème des origines. « La vraie question n’est pas le commencement du temps, mais la flèche du temps, nous dit Sean Carroll, théoricien à Caltech. Un cycle infini est tout ce qu’on veut éviter ! Cela implique un temps qui coule dans une direction définie, or c’est justement cette direction que nous devons expliquer. » En 2004, Carroll et son étudiante Jennifer Chen ont proposé une solution bien différente à ce problème de l’avant. Selon eux, la flèche du temps et son commencement ne peuvent être traités séparément : comment songer à résoudre l’énigme de l’avant-big-bang si l’on n’est pas à même de comprendre pourquoi l’avant précède l’après ? A l’image de Steinhardt et Turok, Carroll considère qu’il faut remodeler entièrement notre conception de l’Univers pour trouver la réponse. En revanche, l’idée de dimensions supplémentaires ne lui suffit pas : il veut aussi y ajouter des milliers d’univers, pour montrer que, dans un espace aussi immense, le temps ne coule pas forcément dans un seul sens. L’écoulement inexorable du temps, toujours du passé au futur, est l’une des plus grandes énigmes du monde de la physique. Les lois gouvernant les objets individuels ne prennent pas en compte la direction du temps : si vous regardez un film dans lequel deux boules de billard s’entrechoquent, vous serez incapable de dire si le film est passé en avant ou en arrière. En revanche, si l’on rassemble des milliards d’atomes dans un ballon et qu’on l’éclate, les molécules d’air enfermées à l’intérieur se disperseront instantanément. Elles ne feront jamais marche arrière pour enfler le ballon à nouveau. Dans ce cas-ci, passé et futur prennent une toute autre forme. Lorsqu’on aborde des objets aussi grands qu’un Univers, le système aura tendance à pencher vers l’équilibre. En physique, on appelle entropie la mesure du désordre au sein d’un système, soit son état plus ou moins équilibré. Plus le système sera proche de l’équilibre, plus son entropie sera haute ; l’équilibre est par définition sa valeur maximale. Ainsi, la flèche du temps est définie par le passage d’une entropie faible (toutes les molécules sont dans un coin de la pièce, instables) à une entropie maximale (les molécules emplissent l’espace de manière homogène, stables). Le chemin vers l’équilibre sépare l’avant de l’après. Une fois que vous avez atteint l’équilibre, la flèche du temps ne compte plus, car il n’y a plus de retour en arrière possible. « Cela fait 13 milliards d’années que notre Univers évolue, fait remarquer Carroll. De toute évidence, il n’a pas commencé dans un état d’équilibre. » Au lieu de ça, tout dans l’Univers (la matière, l’énergie, l’espace et même le temps) a dû démarrer dans un état d’entropie extraordinairement faible. C’est la seule façon d’expliquer comment l’on a pu partir d’un big-bang et arriver à l’immense diversité de notre cosmos. D’après Carroll, si vous arrivez à comprendre ça, vous comprendrez le processus qui a donné vie à notre Univers. Pour montrer toute l’étrangeté de l’Univers, Carroll envisage toutes les autres formes qu’il aurait pu prendre. Songeant aux innombrables possibilités, il s’interroge : « Pourquoi la configuration initiale a-t-elle permis au temps cosmique d’avoir une direction ? L’Univers primordial aurait pu prendre un nombre infini de configurations. Et une très grande majorité d’entre eux ont une forte entropie. » Ces univers à forte entropie auraient été tristes et inertes : l’évolution ne serait pas possible. Un tel univers ne pourrait ainsi pas produire des galaxies ou des étoiles, et encore moins supporter la vie. C’est presque comme si notre Univers avait été paramétré avec exactitude pour débuter loin de l’équilibre et pouvoir posséder une flèche du temps. Toutefois, pour un physicien, évoquer l’idée d’un paramétrage exact équivaudrait à parler d’intervention divine. Aussi, le défi de Carroll était de trouver un moyen d’expliquer l’entropie faible initiale de manière logique, sans faire appel à d’incroyables coïncidences, ou (pire) encore, à un « miracle ». C’est dans l’une des plus étranges et des plus exaltantes élaborations de la théorie du big-bang que Carroll trouva la solution. En 1984, le physicien Alan Guth, de l’Institut de Technologie du Massachussetts (MIT), suggéra que l’Univers primordial avait connu une brève phase d’expansion, appelée inflation. Cette expansion aurait permis à une région de l’Univers de s’étirer et de grossir considérablement, donnant tout ce que nous voyons aujourd’hui. Vers la fin des années 1980, Guth ainsi que d’autres physiciens, dont Andreï Linde, à présent à Stanford, conclurent que ce phénomène d’inflation pouvait se reproduire indéfiniment, dans un processus d’inflation éternelle. Par conséquent, des univers-bulles tels que le nôtre pourraient bien se créer sans cesse à partir du vide, et cette multitude d’univers fut, sans surprise, appelée multivers. Pour Carroll, le concept du multivers était une explication à la direction et à l’origine du temps cosmique. La flèche du temps occupait son esprit depuis le troisième cycle à l’université, vers la fin des années 1980, époque à laquelle il publiait des articles sur la faisabilité du voyage temporel sur la base de la physique contemporaine. L’inflation éternelle suggérait qu’il ne suffisait plus de songer au temps comme limité dans notre Univers : il réalisa qu’il fallait l’envisager dans un contexte beaucoup plus large, doté de beaucoup plus d’univers. « On s’est demandé si l’inflation éternelle pouvait avoir lieu dans les deux sens, explique Carroll. Le big-bang ne serait donc pas un phénomène isolé : une infinité d’univers-bulles pourrait toujours émerger du vide. Pour valider ce schéma, il n’y avait plus qu’à trouver le point d’origine, l’élément clé : une condition facile à atteindre qui pourrait avoir lieu un nombre infini de fois et permettre une inflation éternelle dans les deux sens. » C’est en 2004 qu’une théorie de l’inflation éternelle viable s’engrangea dans l’esprit de Carroll. A l’époque, il participait à un atelier de cinq mois sur la cosmologie à l’Institut Kalvi de physique théorique, à Santa Barbara en Californie, accompagné de son étudiante Jennifer Chen. « Dans un endroit comme l’Institut Kalvi, vous êtes coupé du contexte de l’enseignement pur, dit Carroll. Cela vous donne le temps de faire le point et de réfléchir. » Au cours de ces quelques mois, Carroll et Chen ont imaginé un multivers fertile, sans début, ni fin, ni flèche du temps. « Tout ce dont vous avez besoin, explique Carroll, avec cette manie de physicien d’en dire moins pour en signifier plus, c’est un peu d’espace vide, une pincée d’énergie sombre, et beaucoup de patience. » L’énergie sombre, dont l’existence dans le vide est prouvée par de récentes observations, est un paramètre essentiel à l’équation : en effet, d’après la physique quantique, tout champ d’énergie émet inévitablement des fluctuations aléatoires. Dans la théorie de Carroll et Chen, les fluctuations de l’énergie sombre jouent le rôle de graines qui initient de nouvelles inflations, et par la même occasion la création d’univers-bulles à partir du vide. « Certains de ces univers-bulles s’effondreront en trous noirs et finiront par s’évaporer, poursuit Carroll. Mais d’autres continueront à se dilater à l’infini, pour finalement s’effilocher et créer du vide, duquel de nouvelles inflations pourront avoir lieu. » Et tout ça de manière infinie. Curieusement, la direction du temps n’a aucune importance dans ce schéma. « C’est le plus drôle ! Les petits univers en inflation peuvent se dilater dans n’importe quelle direction depuis le point d’origine », précise Carroll. Ainsi, dans le passé lointain de notre Univers, bien avant le big-bang, il aurait pu y avoir d’autres big-bangs avec une flèche du temps inversée. A plus grande échelle, le multivers ressemble à une mousse d’univers-bulles liés entre eux, exactement symétrique par rapport au temps. Des univers vont vers l’avant, un nombre identique va vers l’arrière. Dans un espace infini rempli d’univers infinis, il n’y a plus de limite à l’entropie. Elle peut toujours augmenter. Tout univers est né avec suffisamment d’espace (et d’entropie) pour évoluer. Le big-bang n’est pas unique ; ce n’est que le nôtre. Le concept de l’avant se dissout naturellement puisque le multivers a toujours existé et existera toujours, en évolution constante, et paradoxalement immuable (du point de vue statistique). Ce fut avec un certain désarroi que Carroll apposa la dernière touche à l’article sur le multivers, coécrit avec Chen. « Lorsque vous achevez quelque chose d’aussi intense, c’est dur de se dire que c’est terminé. Le plus exaltant est la recherche, après tout », conclut-il. Heureusement pour lui, ça n’est pas encore fini : « Notre théorie rassemble une minorité », admet-il. Il s’est à présent remis au travail et publie article sur article pour étoffer les détails et étayer son hypothèse. Big Idea numéro 3 : les Présents sont la clé De retour en 1999, alors que Steinhardt et Turok tiennent leur conférence à Cambridge et que Carroll médite sur le sens du multivers, Julian Barbour l’anticonformiste publie un ouvrage intitulé The End of Time[3]. Il y soutient que toutes les tentatives de comprendre l’avant-big-bang et le commencement du temps se fondent sur une erreur fondamentale : il n’y a pas à chercher à comprendre quoi que ce soit puisque le temps n’existe tout simplement pas. Tout a commencé en 1963, avec un article qui bouleversa la vie de Julian Barbour. A cette époque, il n’était encore qu’un jeune étudiant de troisième cycle en physique, et partait à la montagne pour se ressourcer. « J’étudiais en Allemagne et je partais en vacances dans les Alpes bavaroises, raconte Barbour, aujourd’hui âgé de 71 ans. J’avais emporté un article qui parlait du grand physicien Paul Dirac et de sa réflexion sur la nature du temps et de l’espace dans la théorie de la relativité. » Sa lecture lui inspira une question dont il ne put jamais se défaire : qu’est-ce que le temps ? C’en devenait une obsession. Il fit demi-tour à mi-chemin et n’atteignit jamais le sommet. « J’avais parfaitement conscience qu’il me faudrait des années pour en saisir toute l’ampleur, explique-t-il. J’avais également la certitude que la voie académique n’était plus une option : je ne pouvais pas à la fois publier article sur article et en arriver à bout. » Armé d’une détermination de fer, il quitta l’université et s’installa dans la campagne anglaise, s’attelant à la traduction d’articles scientifiques russes pour gagner sa vie. Trente-huit ans plus tard, toujours dans son cottage, il a suffisamment creusé la question pour sortir de l’ombre et capter l’attention du monde de la physique. Barbour commence à publier ses idées dans les années 1970, dans des revues sérieuses mais peu conventionnelles, telles queThe British Journal for the Philosophy of Science et Proceedings of the Royal Society A. Il continue d’ailleurs à y publier, plus récemment avec son collaborateur Edward Anderson de l’université de Cambridge. Si ses démonstrations ne sont pas à la portée de tous, l’idée principale est la simplicité même : le temps n’existe pas. « Plus on essaye d’attraper le temps, plus il nous glisse entre les doigts, dit-il avec son accent typiquement britannique. A mon sens, si l’on n’y arrive pas, c’est tout bonnement parce qu’il n’y a rien à attraper. » Isaac Newton se représentait le temps tel un flux continu et constant. Par la suite, Albert Einstein unifia le temps et l’espace en un seul et même concept, tout en gardant le temps comme mesure du changement. Aux yeux de Barbour, il n’y a pas de fleuve invisible du temps. Il pense au contraire que le changement crée une illusion de temps, et que chaque instant existe pleinement, entier et unique. Il leur donne le nom de Présents. « Tout au long de notre vie, nous semblons traverser une succession de Présents. La question est : que sont-ils ? » demande Barbour. Voici sa réponse : chaque Présent est la conjonction de tout ce qui existe dans l’Univers. « Toute chose nous semble avoir une place bien définie par rapport aux autres. Je m’efforce alors de prendre un point de vue différent : tout ce qui n’est pas directement ou indirectement visible sort de ma perception, et n’est donc pas. Au bout du compte, il ne reste qu’une idée : le fait que mille choses différentes coexistent au même instant. C’est un Présent, ni plus ni moins. » Les Présents de Barbour sont comme les pages d’un roman qui auraient été arrachées et éparpillées sur le sol. Chaque page est une entité à part entière. Si l’on rassemble les pages dans un certain ordre et qu’on les parcourt une à une, on aura l’impression de voir une histoire s’enchaîner. Cependant, on aura beau réarranger les pages de mille façons, chaque feuillet reste unique et indépendant. Pour Barbour, la réalité n’est que la réunion de tous ces Présents. « Ce qui m’intrigue, c’est que la totalité des Présents possibles montre une structure très particulière. Un peu comme un paysage, ou un pays. Chaque point du pays est un Présent. J’appelle ce pays Platonia », en faisant référence à la conception platonicienne d’une réalité intelligible[4], « car le temps n’y existe pas, et il dépend de lois mathématiques parfaites. Platonia est le véritable théâtre de l’Univers. » A Platonia, tout existe simultanément, depuis la moindre position de l’atome jusqu’aux innombrables configurations possibles et imaginables de l’Univers. Il n’y a pas de temps passé coulant vers un temps futur. La question de ce qui a pu précéder le big-bang n’est jamais soulevée puisque cette cosmologie annihile toute notion de temps. Le big-bang n’est pas un évènement dans un passé lointain : ce n’est qu’un endroit précis dans Platonia. L’illusion que nous avons du passé vient du fait que chaque Présent de Platonia contient des objets pouvant s’apparenter à des « archives », selon Barbour. « La seule preuve que vous avez de la semaine passée, c’est votre mémoire ; or la mémoire est le résultat présent d’une structure stable de vos neurones. La seule preuve que l’on a du passé de la planète, ce sont des cailloux et des fossiles ; or ce ne sont que des structures stables et présentes d’arrangement de minéraux. Tout ce que nous avons, ce sont des archives, et nous ne les avons que dans ce Présent », explique-t-il. D’après sa théorie, certains Présents sont liés à d’autres dans la configuration de Platonia, bien qu’ils existent tous à la fois. Ces liens créent l’illusion d’un passage du passé au futur, mais il n’y a pas de réelle succession d’un Présent à un autre. « Pensez aux nombres entiers, ajoute Barbour. Tous les entiers existent simultanément, mais certains sont liés à d’autres dans la structure, comme les nombres premiers par exemple, ou encore ceux de la suite Fibonacci. » Pourtant, le chiffre 3 n’a pas lieu dans le passé du chiffre 5, pas plus que le big-bang existe dans le passé de l’année 2008. A première vue, cela ressemble un peu au genre d’élucubrations hautement philosophiques que l’on peut sortir à minuit passé. Toutefois, c’est quelque chose que Julian Barbour a passé quarante années de sa vie à hacher et malaxer sans relâche pour pouvoir l’exprimer dans le dur langage de la physique mathématique. Ainsi, il a fusionné Platonia et la mécanique quantique pour concevoir une description mathématique d’une physique « sans évolution ». Avec la collaboration de l’irlandais Niall Ó Murchadha de l’université nationale d’Irlande à Cork, Barbour poursuit sa reformulation d’une version dépourvue de temps de la théorie d’Einstein. En définitive, que s’est-il réellement passé ? Toutes ces alternatives au big-bang ont un point commun : il reste plus facile de démontrer leur intérêt que de prouver leur véracité. Dans le cas du cycle cosmologique de Steinhardt et Turok, les deux physiciens peuvent s’appuyer sur des éléments corroborant l’existence du big-bang, mais l’expérimentation concrète n’aura pas lieu avant plusieurs dizaines d’années. Le multivers de Carroll dépend d’une interprétation théorique de la cosmologie inflationnaire, qui n’est en soit que vaguement vérifiée. Barbour présente la conception la plus extrême. Il n’a aucun moyen de prouver l’existence de Platonia. La force de ses idées repose majoritairement sur la beauté de leur formulation et leur capacité à unifier la physique. « Ce sur quoi nous travaillons est simple et cohérent, dit-il. C’est la raison pour laquelle je suis convaincu que nous tenons là quelque chose de fondamental. » La solution qu’il nous propose n’est pas seulement mathématique, elle est aussi philosophique. Au lieu de s’embourber dans une multitude de théories conflictuelles sur le big-bang et ce qui l’a précédé, Barbour offre une porte de sortie. Une manière de lâcher prise sur le passé (de l’idée-même de passé) et de vivre heureux et pleinement, dans le Présent. De toute façon, d’après l’un des modèles, un cycle d’existence s’étend sur mille milliards d’années. Si tel est le cas, notre Univers est loin d’arriver à sa fin : on a encore le temps de voir venir. - Lire l’article original du Discover Magazine Traduction française par Aurélie Chabannes [1] Saint Augustin, Les Confessions, L. XI chap. XII-14, trad. Péronne et Ecalle remaniée par P. Pellerin, Paris, Nathan, 1998 [2] Le chiffre 3 indique le nombre de dimensions que comprend la brane : dans notre cas, il y en a donc 3. [3] Soit « La fin du temps ». Il n’existe pas à ce jour de traduction française officielle de cet ouvrage. [4] Par opposition à la réalité sensible, soit le monde tel qu’il est perçu par nos cinq sens. Platon accorde une place plus importante aux Idées, immuables et vraies, qui soutiennent le monde sensible dans la réalité intelligible. – Platon, La République, L. VII 509d-511e, trad. E. Chambry, Paris, Les Belles Lettres, 2002. Tags associés : temps, frank, turok, steinhardt, aurelie chabannes, Bientot, bang
Jeudi 19 Août 20104 commentaire(s)
Avant cette publication, à peine une vingtaine de personnes au monde, en près d’un siècle, avaient posé les yeux sur les pages intérieures du Livre Rouge de Jung ! Entre textes calligraphiés, images, peintures, mandalas et une richesse étonnante de personnages de l’imagination, de la mythologie et de la culture, Liber Novus, raconte l'histoire d'un homme qui a perdu son âme et part à sa recherche. Les différents chapitres sont conçus selon un plan particulier : ils commencent par l’exposition de fantasmes visuels, dans lesquels le "moi" de Jung rencontre les personnages les plus divers dans les décors les plus variés. Le dialogue s’instaure entre eux. Puis Jung interprète et approfondit la relation entre l’individu et la société, entre chacun d’entre nous et la communauté des morts. Il questionne le christianisme. Il se relie aux autres religions. Une nouvelle image de Dieu renaît. Le Livre Rouge nous rappelle l’importance de l’introspection et de la vie intérieure, à une époque où les distractions et les dispersions n’ont jamais été aussi fortes. La distance de près d’un siècle entre sa rédaction et sa publication n’affaiblit pas l’ouvrage. Nous sommes juste avant la première guerre mondiale, en 1913, C.G. Jung, psychiatre déjà renommé, sombre dans une profonde crise. Le Livre Rouge est le journal de bord de la traversée entreprise par Jung dans les profondeurs de sa psyché, le compte-rendu extraordinaire de "sa confrontation personnelle avec l’inconscient". Le dialogue intense avec les profondeurs et ce débat avec l’inconscient seront pour C.G. Jung l’inspiration fondamentale pour essayer de déchiffrer la complexité de la psyché, ainsi qu’une source vitale pour la réalisation de son œuvre. Jung travaille au Livre Rouge pour plus de 16 ans, jusqu’en 1930 lorsqu’il décide d’interrompre le texte au milieu d’une phrase.
Du 7 septembre au 7 novembre 2011 dans les salles d’expositions temporaires du musée Guimet (Paris). 6, place d’Iéna – 75116 Paris, Site internet : www.guimet.fr, Tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h. Exposition plein tarif : 5 €
Éditeurs : L’Iconoclasteet La Compagnie du livre rouge 190 pages en fac-similé, 160 pages de traduction avec plus de 1000 notes, 30 cm x 40 cm, poids : 5 kg, 190€. Traducteurs à partir de l'allemand : Christine Maillard, Pierre Deshusses, Véronique Liard, Claude Maillard, Fabrice Malkani, Lidwine Portes
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Dimanche 02 Octobre 2011Poster un commentaire
En 1929, à Davos, a eu lieu une confrontation philosophique épique entre Ernst Cassirer et Martin Heidegger. L’enjeu de la rencontre ne portait pas sur l’état du monde, mais il fut question de Kant, de métaphysique, du langage et le l’imagination. Le débat entre Cassirer et Heidegger portait au fond sur la nature de la pensée et le propre de l’homme. · La pensée est-elle réductible au langage et à ses « formes symboliques » comme le pense Cassirer ? · Est-elle plutôt ancrée dans l’image et la perception du temps, comme le pense Heidegger ? · Le langage ou l’imagination : quel est le propre de l’homme ? Voilà la question qui fut posée à Davos.
Vous êtes intéressé ? Cliquez tout de suite ICIet lisez l’excellent article proposé par Jean-François Dortier.
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Jeudi 09 Février 2012Poster un commentaire
La gestion des (de ses) priorités... Un jour, un vieux professeur de l’Ecole Nationale d’Administration Publique (ENAP) fut engagé pour donner une formation sur la planification efficace de son temps à un groupe d’une quinzaine de dirigeants de grosses compagnies nord-américaines. Ce cours constituait l’un des cinq ateliers de leur journée de formation. Le vieux prof n’avait donc qu’une heure pour « passer sa matière ». Debout, devant ce groupe d’élite (qui était prêt à noter tout ce que l’expert allait enseigner), le vieux prof les regarda un par un, lentement puis leur dit :
De dessous la table qui le séparait de ses élèves, le vieux prof sortit un immense pot Masson d’un gallon (pot de verre de plus de 4 litres) qu’il posa délicatement en face de lui. Ensuite, il sortit environ une douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de tennis et les plaça délicatement, un par un dans le grand pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu’au bord et qu’il fut impossible d’y ajouter un caillou de plus, il leva lentement les yeux vers ses élèves et leur demanda :
Tous répondirent : « Oui ». Il attendit quelques secondes et ajouta : « Vraiment ? » Alors, il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de gravier. Avec minutie, il versa ce gravier sur les gros cailloux puis brassa légèrement le pot. Les morceaux de gravier s’infiltrèrent entre les cailloux... jusqu’au fond du pot. Le vieux prof leva à nouveau les yeux vers son auditoire et redemanda : « Est-ce que ce pot est plein ? » Cette fois, ses brillants élèves commençaient à comprendre son manège. L’un d’eux répondit : « Probablement pas ! »
Il se pencha de nouveau et cette fois, sortit de sous la table une chaudière de sable. Avec attention, il versa le sable dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et le gravier. Encore une fois, il demanda : « Est-ce que ce pot est plein ? » Cette fois, sans hésiter et en choeur, les brillants élèves répondirent : « Non ! »
Et comme s’y attendaient ses prestigieux élèves, il prit le pichet d’eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu’à ras bord. Le vieux prof leva alors les yeux vers son groupe et demanda : « Quelle grande vérité nous démontre cette expérience ? » Pas fou, le plus audacieux des élèves, songeant au sujet de ce cours, répondit :
Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l’évidence de ces propos.
Le vieux prof leur dit alors : « Quels sont les gros cailloux dans votre vie ?
« Ce qu’il faut retenir, c’est l’importance de mettre ses GROS CAILLOUX en premier dans sa vie, sinon on risque de ne pas réussir... sa vie. Si on donne priorité aux peccadilles (le gravier, le sable), on remplira sa vie de peccadilles et on n’aura plus suffisamment de temps précieux à consacrer aux éléments importants de sa vie. Alors, n’oubliez pas de vous poser à vous-même la question : « Quels sont les GROS CAILLOUX dans ma vie ? Ensuite, mettez-les en premier dans votre pot (vie) ». D’un geste amical de la main, le vieux professeur salua son auditoire et lentement quitta la salle.
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Dimanche 08 Novembre 20091 commentaire(s)
Croyez-vous pouvoir lire le texte ci-dessous ? Si vous réussissez à lire les premiers mots, le cerveau déchiffre les autres. A
J'37415 5UR L4 PL4G3 37 J3 R3G4RD415 D3UX J3UN35 F1LL35 JOU4N7 D4N5 L3 54BL3. 3LL35 CON57RU15413N7 UN CHÂ734U D3 54BL3, 4V3C 7OUR5, P4554G35 C4CH35 37 PON7-L3V15. 4LOR5 QU'3LL35 73RM1N413N7, UN3 V4GU3 357 4RR1V33 37 4 7OU7 D37RU17, R3DU154N7 L3 CH4734U 3N UN 745 D3 54BL3 37 D'3CUM3.J'41 CRU QU'4PR35 74N7 D'3FFOR7, L35 F1LL37735 COM3NÇ3R413N7 4 PL3UR3R, M415 4U CON7R41R3 3LL35 COURRUR3N7 5UR L4 PL4G3, R14N7 37 JOU4N7 37 COMM3NÇ3R3N7 4 CON57RU1R3 UN 4U7R3 CHÂ734U. J'41 COMPR15 QU3 J3 V3N415 D'4PPR3NDR3 UN3 GR4ND3 L3ÇON. NOU5 P455ON5 UN3 GR4ND3 P4R713 D3 NO7R3 V13 4 CON57RU1R3 D35 CHO535 M415 LOR5QU3 PLU5 74RD UN3 V4GU3 L35 D3MOL17, L35 53UL35 CHO535 QU1 R3573N7 5ON7 L'4M1713, L'4MOUR 37 L '4FF3C71ON 37 L35 M41N5 D35 G3N5 QU1 5ON7 C4P4BL35 D3 NOU5 F41R3 5OUR1R3. Incroyable, non ?
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Vendredi 01 Juillet 20112 commentaire(s)
Il vous déconcerte : “Je ne vous conseille pas le travail, mais la lutte. Je ne vous conseille pas la paix, mais la victoire. Que votre travail soit lutte, que votre paix soit victoire. ”. Créateur, il renverse les codes : “Voyez-les, ces fidèles de toutes les Fois ! Quel est celui qu’ils haïssent le plus ? Celui qui brise leurs tables de valeurs, le brise-tout, le brigand : mais celui-là c’est le créateur. ” “Nous n’avons pas le temps de penser à Zarathoustra […] Quel est donc ce temps où l’on n’a pas le temps…?” Si vous ne comprenez pas : “Les voilà qui rient ; ils ne me comprennent point, je ne suis pas la bouche qui convient à ses oreilles. ” Si vous y croyez : “Vous dîtes que vous croyez en Zarathoustra ? Mais qu’importe Zarathoustra ! Vous croyez en moi ? Mais qu’importent tous les croyants ! ”
Vive le grand air intellectuel. Vive la révolution. Merci Frédéric Nietzsche. Merci Olivier. Vivement le Gai Savoir et Ecce Homo. Tags associés : Frederic, nietzsche, ainsi, parlait, zarathoustra
Jeudi 06 Août 20092 commentaire(s)
Soyez prêts à vous laisser bousculer, emporter par la puissance de la liberté de penser. “C’est chez ceux qui ont peu de fierté et n’ont pas la perspective de grandes conquêtes que la pitié est le sentiment le plus agréable. Pour eux, la proie facile – et tout homme qui souffre en est une – est quelque de séduisant. On vante la pitié comme la vertu des filles de joie.” Frédéric Nietzsche Le Gai savoir Premier Livre, 13
Lire et relire Nietzsche. La liberté de juger la pitié et le sentimentalisme contemporain.
Lectori salutem, Patrick Tags associés : nietzsche, le gai savoir, Friedrich, pitie
Jeudi 25 Février 2010Poster un commentaire
Dans un français exempt du jargon habituel des sociologues, Gérald Bronner met en lumière les mécanismes mentaux conduisant à une pensée radicale et permettant d’affirmer “que ceux qui s’abandonnent à ce type de pensée ne sont, le plus souvent, ni fous, ni désocialisés, ni même idiots”. Gérald Bronner va donc chercher à définir la pensée extrême, à identifier ces extrémistes, leur psychologie, les mécanismes d’adhésion à une pensée extrême et enfin d’identifier les mécanismes permettant de faire changer d’avis un extrémiste. Le fait est que “les croyances extrêmes ne disparaîtront pas de l’horizon de notre contemporanéité. Les individus qui la composent, loin d’être des monstres d’irrationalité sont extrêmement logiques”. Au final, cet essai décrit des mécanismes cognitifs propres à l’ensemble des êtres humains, à vous, à moi, démontant nos limites, notre fonctionnement cognitif, le marché des idées…
De la connaissance et la croyance. Pourquoi la croyance existe-t-elle toujours avec l’avènement de la science qui doit faire disparaître les croyances et les mythes. Le paradoxe de la sphère de Pascal démontre que l’inconnaissance et la connaissance progresse de concert. ”Si la connaissance est une sphère, sa surface est en contact avec ce qu’elle ne contient pas, c'est-à-dire l’inconnu. De ce fait à mesure que la connaissance progresse, la surface de la sphère fait de même, l’air au contact avec l’ignorance ne cesse de progresser aussi“. La conscience de l’inconnu croît.
Notre esprit est limité Nous sommes empêchés d’être des êtres purement rationnels car nous sommes :
Comprendre l’Autre, cet autre Soi. Les 5 Axes L’Homme a les outils pour analyser le comportement des Autres. Il s’agit de rechercher les raisons de l’adhésion à une pensée extrême (ou une pensée/croyance normale) méthodiquement via 5 Axes :
Le piège de la rationalité cognitive Notre cerveau aime le confort aussi une conclusion est admise dès lors qu’elle est nécessaire et cohérente avec les prémisses admises. Il a besoin de sentir une cohérence logique entre les propositions de la théorie, leur compatibilité avec le réel. Si tel est le cas, la rationalité cognitive pourrait être amenée à admettre des propositions qui présentées autrement eussent été refusées. Ce qui peut expliquer pourquoi les personnes éduquées sont les victimes des gourous, terroristes et des commerciaux !
Du marché cognitif Le Marché cognitif (marché des croyances et des idées) avec des produits cognitifs (les idées, les croyances) qui sont proposées aux personnes. Ces produits peuvent être en situation de concurrence, d’oligopole…Théorisé depuis Aristote jusqu’à Marshall* qui l’a généralisé avec les courbes de l’offre et de la demande. Le prix cognitif sur ce marché est représenté par l’effort devant être réalisé pour acquérir ce bien. Plus les gens sont nombreux autour de moi à croire cela, moins il m’en coûte d’y croire aussi. Vous avez dit politiquement correct ?
La transsubjectivité, sociopathie et l’incommensurabilité Sur ce Marché cognitif, certaines croyances sont caractérisées par la transsubjectivité (partage inconscient de règles) et la sociopathie (antisocial).
et l’incommensurabilité, le fait que la croyance adoptée deviennent une valeur absolue. Nous autres, hommes normaux, affectons une valeur à nos croyances, les rendant relatives.
Conclusion Malgré quelques longueurs, Gérald Bronner sait vulgariser sa science sans tomber dans la caricature. Les mécanismes mentaux décrits permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la société, des Autres, de Soi. Pour tous ceux qui veulent tenter de vivre en harmonie avec le monde, en essayant de comprendre sans forcément accepter, ce livre est un cadeau intellectuel.
*Marshall, Principes d’économie politique, Paris, 1906
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Samedi 16 Janvier 20101 commentaire(s)
Dans notre siècle de certitudes immédiates, de scientifiques assurés de leurs vérités multiples, de technologies technologiques, quel bonheur d’aller à la rencontre des écrivains, des poètes, des philosophes accompagnés par Gustave Thibon. Parler de la poésie, de la métaphysique, de la science, de la religion, de la télévision au lieu des chiens écrasés des médias abrutissant…
Ce livre d’entretien aurait pu ou du être titré ‘’entretiens avec mon grand-père’’, tellement la voix est proche, familière, douce et bouleversante. Gustave Thibon avant de quitter le siècle, le regarde avec affection, familiarité et évite de justesse une pointe de désespoir sur la fin. Céline, le prosateur magnifique pour Voyage ou Mort à crédit. Cette phrase inscrite en tête d’un cahier de Simone Weil. ‘’La vérité c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité est du coté de la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n’ai jamais pu me tuer, moi.’’ Quand la prose évoque avec la force de la poésie. Passer au salon avec Victor Hugo et son fils Jean, Georges Bernanos, Charles Peguy, Marie Nöel, Montherlant, Paul Valéry, Mallarmé, Raoul Ponchon…. De la poésie Du poète on connait la distinction latine entre le vates et le poeta, entre l’inspiré et le faiseur de vers. ‘’Le poète est à la fois l’un et l’autre, mais si le faiseur de vers en lui prédomine sur l’inspiré…Si la poésie n’est pas évocation du monde qui demeure au-delà-et au travers du monde qui passe, l’affleurement du monde réel dans le monde des apparences…’’ De la technique et du gain de temps Au total nos moyens de forcer le temps se retournent contre nous. D’autant que la multiplication des possibilités de fausses distractions que nous offre la technique fait pulluler les chronophagies.’’ Les médias, l’information ‘’Quelqu’un dont le sort est d’être informé de tout, et condamné ainsi à ne rien comprendre.’’ Des imbéciles par G Bernanos
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Mardi 28 Octobre 2008Poster un commentaire
La sagesse des foules de James Surowiecki préfacé par Joël de Rosnay traduit par Elen Riot chez JC Lattès. Avec intelligence et clarté James Surowiecki, excellemment traduit par Elen Riot, nous fait découvrir les Smart Mobs. La Foule, vous, moi, le genre humain au-delà des formes de sociétés, des cultures particulières possède une intelligence de groupe. Grâce aux exemples appliqués aux études théoriques, vous ne regarderez plus les Foules, les groupes, les équipes, les sociétés, les organisations de la même manière. En effet vous tenterez de les comprendre en recherchant et en analysant leur fonctionnement et leur composition. Quelques exemples de l’application de l’intelligence des Foules : Les marchés Boursiers (nous avons vu la limite quand les Hedge Funds et les Traders ont limité la Diversité et l’indépendance entraînant les cracks de2001 et 2008.), la technologie de Google, les sondages, le PMU…
L’auteur décrit les trois types de sagesse qui voient la Foule supérieure à l’expert (Cognition, Coordination et Coopération) et les trois conditions nécessaires à son application (Diversité, Indépendance et Décentralisation).
De la Diversité, Scott Page, Université du Michigan, a mis en évidence que ‘’la diversité, en elle-même, a de la valeur, et donc le simple fait de composer un groupe diversifié le rend plus apte à résoudre un problème’’. Compétences, âge, profil psychologique, culture sont des agents de la Diversité. Une société composée d’homme issue du même milieu, de la même formation aussi intelligents soient-ils seront moins efficaces qu’un groupe Diversifié. De plus un groupe homogène fait souvent corps entraînant erreur et perte d’efficacité. De l’indépendance, ‘’L’indépendance d’opinion est à la fois un ingrédient essentiel pour des décisions collectivement sages et l’une des choses les plus dures à conserver intact.’’ Les groupes les plus intelligents sont donc composés de personnes de points de vus différents et pouvant rester indépendants…. On peut être de parti pris et irrationnel, mais tant que l’on est indépendant, on n’abêtit pas le groupe.’’ Il faut lire le chapitre sur le concept de Cascade d’information ou est démontré comment volontairement ou involontairement une information ou une idée est prise en compte par la Foule lorsque celle-ci abandonne sa liberté, son indépendance de jugement. Le Marketing a pour principal levier la Cascade. ‘’Plus les membres du groupe exercent de l’influence les uns sur les autres et plus ils sont en contact les uns avec les autres, moins les décisions du groupe ont de chances d’être sages.’’ De la Décentralisation et de l’agrégation Le Savoir Tacite, concept de Friedrich Hayek, ‘’est un savoir difficile à résumer ou à transmettre à autrui parce que attaché à un lieu, un métier ou une expérience, mais il n’en est pas moins d’une très grande valeur’’. Savoir agréger le Savoir Tacite. Le paradigme ! Linux est un exemple. ‘’Equilibre entre le local et le global. Un système décentralisé ne produit de résultats vraiment intelligents que si il y a moyen d’agréger toutes les informations dans le système.’’
De la coordination et des conventions ‘’Dans une société libérale, l’autorité n’a qu’une portée limitée sur les faits et gestes des citoyens particuliers….Résultat de nombreux problèmes requièrent une solution émanant de la base et non du sommet. Et le cœur de la question est le même : comment obtenir une action d’ensemble sans dicter à quiconque ce qu’il faut faire, obtenir une action d’ensemble efficace et coordonnée.’’ ‘’Les conventions sont au fondement de l’ordre et de la stabilité, c’est évident. Mais au cours d’une journée, elles réduisent le travail cognitif que nous devons fournir et cela n’est pas le moins important.’’
De la coopération La société, l’organisation ne fonctionne que si toutes et tous sont d’accord sur un certain nombre de règles du jeu et coopèrent. Par exemple les salaires pharamineux des footballeurs sont acceptés mais les golden parachutes sont refusés par un mouvement de Foule pouvant être considéré comme irrationnel par l’actionnaire ou les parties contractantes. La coopération est nécessaire pour que les règles soient acceptées Prenons le Jeu de l’Ultimatum. Prenons deux personnes. Donnons 10 € à l’une et rien à l’autre. Le possédant propose un partage qui si il est accepté voit les parties repartir avec les sommes ainsi réparties et si il est refusé, chacun repart les mains vides. Le résultat du jeu est étonnant. Il ne dépend pas du montant en jeu. Les propositions les plus fréquentes sont de 5€ !!! Coopération. La clef de la coopération est l’ombre du futur (Axelrod).
Au final croire en l’intelligence des Foules, c’est croire en l’Homme, en la liberté, en l’indépendance et la décentralisation. Seul le libéralisme n’est pas une construction en ‘’isme’’, une idéologie. Il est la vie au cœur de l’évolution séculaire depuis l’organisation en trois ordres (spirituel, guerrier et paysan) vers un monde de marchands, que nous sommes tous naturellement, et d’échange dont les moteurs sont la confiance, la coopération et la liberté.
Merci à Frédéric qui m’a fait découvrir ce livre et m’a ouvert des horizons. Je vous souhaite une bonne lecture. Patrick
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Mardi 11 Novembre 20081 commentaire(s)
Tout au long du livre, deux histoires en un astucieux miroir, celle de la dernière journée de frère Charles le 1er Décembre 1916 et celle de sa Vie. La vie du Vicomte Charles de Foucauld, lieutenant au 4ème chasseur d’Afrique, français, alsacien, latiniste, helléniste, dernier parmi les derniers. Explorateur du Maroc, il fut le premier à s’enfoncer dans les Atlas en Juin 1883 travesti en juif sans escorte notant sur un carnet de 5cm² ses impressions du jour. Onze mois de randonnée pédestre qui permit des 700 km de piste connus d’en cartographier 2 690 km ! 3 000 côtes d’altitudes, 135 dessins, 20 cartes. Une référence. Pour sa vie évangélique laissons la parole Général Lyautey en Janvier 1905“Il y avait là quelques Arabes, venus non pour se convertir, le père s’abstenait rigoureusement de toute pression directe à cet égard, mais attirés par sa sainteté. Et devant cet autel qui n’était qu’une étable de bois blanc, devant ces vêtements sacerdotaux d’étoffe grossière et ces chandeliers en étain, devant toute cette misère, mais aussi devant ce prêtre en extase offrant le sacrifice avec une ferveur qui emplissait le lieu de lumière et de foi, nous éprouvâmes tous une émotion religieuse, un sentiment de grandeur que nous n’avions jamais ressentis au même degré dans les cathédrales les plus somptueuses, en face de la pompe des offices solennels. Par-delà les humbles murs de terre, au-delà de ces quelques musulmans venus spontanément s’associer à sa prière, c’était la vision de l’immensité saharienne, de ce Sahara dont les sables venaient, comme des vagues, battre le seuil de la chapelle, et sur lequel il régnait vraiment par la force de cette prière.” C’est aussi un livre d’Histoire où vous est conté, du Maroc et l’Algérie jusqu’au Soudan, Mali ou la Tripolitaine, les relations quadripartites entre les puissances européennes et mahométanes, les puissances locales telles les tribus Berbères ou Touaregs, et les populations esclaves comme les Haratins. Relation de puissance, de conquête, de mœurs, d’envie, de politique, d’hommes surtout. C’est un livre sur le désert, sur le Sahara, sur ces immensités ineffables et incommensurables. Un livre sur la relation de l’Homme au désert. C’est un livre sur la puissance qu’octroie paradoxalement la faiblesse et de l’abandon de soi. C’est surtout un livre puissant porteur d’un souffle, d’un rythme qui s’impose sans effort à vous. Après quelques pages vous pensez, respirez, habitez à Tamanrasset, Beni-Abbès au début du XXème siècle. Ouvrez et vous serez servis. Lectori salutem, Pikkendorff Tags associés : Jean-jacques, antier, charles, foucauld
Vendredi 13 Novembre 2009Poster un commentaire
Ces conférences se sont étalées sur plus de 40 ans. J Ratzinger s'exprime comme professeur puis comme Archevêque et enfin comme Cardinal.
La première conférence publiée date de 1977. Elle traite du ministère de Pierre. La primauté du Saint Père est un des dogmes qui fait le plus de discussion notamment avec nos frères protestants. Il est intéressant de voir avec quelle vigueur et douceur à la fois celui qui deviendra le premier vicaire du Christ expose sa position. En quelques pages chacun trouvera exposé la collégialité nécessaire confronté à la personnification consubstantiel au martyrologue.
Découvrir via ces textes celui qui est notre Saint Père est d'une fraicheur extraordinaire. Bien que je sois assez loin d'avoir compris l'essence de sa pensée, croyons que, même pour un esprit non-averti comme le mien, cette conférence apporte son lot de questions passionnantes. Patrick
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Dimanche 28 Septembre 2008Poster un commentaire
“Qu’est que la société ouverte, sinon cette société où le principe d’organisation et du fonctionnement publics part des libertés privées et y ramène, où les citoyens sont égaux devant la loi et ont des droits individuels qu’aucun pouvoir politique, même démocratique, même majoritaire, ne peut leur ravir.” Le Regain démocratique – Jean-François Revel “N’en doutons pas, les ennemis de la société ouverte existe encore et existeront toujours au sein de cette société […]. Les totalitarismes du XXème siècle ont, certes, sombré dans le discrédit, non sans être allé jusqu’au bout de leur nocivité. Mais les besoins psychiques qu’ils satisfaisaient n’ont pas disparu. La haine de la liberté déguisée en progressisme anime de façon constante les humains. L’esprit totalitaire peut donc resurgir un jour prochain dans une nouvelle incarnation intialement inoffensive et vertueuse, un travestissement inédit derrière lequel très peu de physionomistes identifieront de prime abord le vieux visage messianique et maléfique de l’idéologie.” Le Regain démocratique – Jean-François Revel
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Jeudi 04 Mars 2010Poster un commentaire
Le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens de Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois (PU Grenoble 2002) avait déjà mis en lumière la possibilité d’un détournement des fonctions de protection de notre naïf cerveau. Un cran plus loin et plus inquiétant les dernières découvertes de la neuroscience sont mise au service des Marchands qui, non content de gouverner le monde, utilisent la télévision et autres médias visuels pour manipuler votre cerveau au-delà de ce que vous pourriez imaginer. La baisse des résultats scolaires, la perte de l’image de soi (anorexie), la violence, l’obésité infantile, le tabagisme ont un lien causal et non unique avec le temps d’exposition à la télévision.
Michel Desmurget est docteur en neurosciences et directeur de recherche à l'Inserm au Centre de neurosciences Cognitives de Lyon après 8 ans aux États-Unis auprès du MIT, de l'Université Emory ou de l'Université de Californie à San Francisco. Son dernier ouvrage est TV Lobotomie - la vérité scientifique sur les effets de la télévision, Max Milo, 2011
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Vendredi 20 Avril 20121 commentaire(s)
Le législateur, le médecin et le philosophe. La révision des lois de bioéthique est prévue pour la rentrée de septembre. Inutile de dire que la philosophie sera au rendez-vous des débats. Mais quelle philosophie ? Pour les uns, l’éthique est un art de tourner les difficultés de l’action en accommodant les lois aux nouvelles données techniques. Selon le fameux syllogisme critiqué en son temps par Christine Boutin : puisque c’est techniquement réalisable (recherche sur l’embryon, diagnostic préimplantatoire, etc…) c’est moralement possible. Mais les médecins doivent-ils ajuster leur art aux nécessités de la technique ou en gouverner les applications au service du bien des malades. Question philosophie entre toutes, si la médecine est à la fois une science, un art et une prudence. Pour d’autres, l’émotion commune suscitée par de vraies détresses prend l’avantage sur toute autre considération. Le raisonnement pourrait cette fois se formuler ainsi : ce qui procède d’un désir plein de générosité ou d’une réelle compassion est nécessairement respectueux de la dignité humaine(fécondation hétérologue, euthanasie, etc…). Mais la dignité inhérente à toute personne humaine est-elle une lumière pour orienter la raions ou un mètre en plomb ajustable aux mille besoins privés ? Où l’on retrouve la philosophie ! Pour d’autres enfin, rien de ce que la loi permet ne saurait être injuste. Tout ce qui est légal est bien moral, n’est-ce pas ? Dira-t-on que la loi de 1975 énonce justement en son article 1er : « la loi garantit le respect de tout être humain depuis le commencement de la vie » ? Certes mais pour ajouter aussitôt : »il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu’en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présent loi. » Voilà qui plonge le philosophe, toutes disciplines confondues – éthique, métaphysique, logique…- dans un abîme de perplexité ! Car sans trop se forcer, on pourrait facilement lire nombre d’événements depuis plus de trente ans, en pointant l’avancée des techniques, l’élargissement des désirs et le respect des compassions individuelles, ou encore l’harmonisation de la législation, comme autant de « cas de nécessité » invoqués pour permettre « de porter atteinte à ce principe ». Mais alors, une vraie question se pose : quel est l’avenir d’un principe, fait pour soutenir, maintenir et contenir l’action éthique, s’il est énoncé pour céder. Ces questions provoquent non seulement le philosophe mais tout homme de bonne volonté. Elles posent le problème plus général de l’articulation de la politique et de la morale. La vraie question de l’éthique médicale n’est-elle pas de vouloir et d’imaginer les moyens d’accomplir le bien de tous, depuis les tout petits jusqu’aux plus âgés, aux plus démunis, malades, handicapés et mourants. La philosophie, qui peut aider aux décisions prudentes de nos législateurs, a du pain sur la planche. Par Bruno Couillaud Professeur de logique à l’IPC (www.ipc-asso.com)
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Dimanche 01 Juin 2008Poster un commentaire
Trois Empires pour le contrôle du blé, du bois, de l’or et les routes commerciales. Les Scythes au Nord (Danube), l’empire perse qui regarde l’Orient et les Grecs. Fin du 5éme siècle les Scythes soutenus par les Grecs d’Ionie défont les Perses. Darius s’est assuré de la Thrace et de la Macédoine. L’Ionie souffre de cette domination et Milet en tête se révolte en -499. La cruelle défaite de -494 est marquée par le sort réservé à la ville de Milet, rasée et population déportée.
Deuxième guerre médique, -490, après une année de préparation, l’immense flotte perse – 600 trières – s’établissent sur la plage en bordure de la plaine de Marathon non sans avoir déportée la population d’Erétrie. Ce fut grâce à une habile manœuvre une défaite des Perses, victoire à la Pyrrhus pour les Grecs puisque Darius a soumis toutes les iles de la mer Egée. Notons que les 42,195 Km de la distance officielle du Marathon est en fait la distance qui sépare le Château de Windsor de la loge royale du stade olympique de Londres. Vrai ou Faux ? Xerxès, fils de Darius, planifie la conquête de la Grèce et d’Athènes aidé par les Athéniens exilés. Privilégiant le déplacement par voie de terre, sa vaste armée part à la conquête pendant que la Grèce tergiverse. -480, devant les Thermopyles, Léonidas résiste glorieusement. « Passants, dites aux Spartiates qu'ici, pour la loi spartiate, nous reposons ». La victoire grecque sur mer à Salamine voit le retour au pays de Xerxès mais le stationnement in situ de son armée. La fin des guerres médiques est marquée, en -479, par les victoires d’Athènes conduite par Thémistocle à Platée et au cap Mycale, et ce malgré la destruction d’Athènes. Athènes va utiliser à son avantage cette victoire sur l’empire achéménide. Energie, domination maritime, Athènes est le centre de la Grèce. Les Philosophes de la nature luttaient contre les mythes et avait pour objet philosophique l’explication des phénomènes naturels. Athènes voit apparaître les Sophistes, personne éduquée et compétente, professeurs permettant à la jeune démocratie de voir son peuple formé. Les Sophistes, bien qu’en accord avec les présocratiques sur la lutte contre les mythes, considèrent qu’il ne sera pas possible de trouver de réponse définitive aux énigmes de l’Univers et de la Nature. Rejetant cette spéculation sans objet, ils décident de s’intéresser à l’homme et à sa place dans la société. « l’Homme est la mesure de toutes choses » Protagoras (485-410). Vrai et faux, bien ou mal, sont des concepts humains. Il n’existe pas de norme naturelle. Seule la société et les hommes établissent les lois et les normes. Il faut apprendre à vivre et à créer des normes. Socrate (470-399) tentera lui de démontrer que certaines normes sont absolues et valables pour tous.
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Lundi 13 Juillet 2009Poster un commentaire
La Philosophie est née de l’étonnement des Hommes. Les sociétés premières, de tradition orale, expliquaient les phénomènes naturels par des mythes fondement de religions polythéistes. Thor et son marteau défendant la maison des Dieux, ASGARD que lÂ’on retrouve au sein de la série de science-fiction Stargate SG1 ! Les Zeus, Athéna, Apollon, Héra, etc, que Homère et Hésiode (700 av JC) firent descendre de lÂ’Olympe en les couchant sur le papier. La Grèce s’étend en Italie du sud, en Asie Mineure rencontrant des populations exogènes aux rites curieux. CÂ’est Xénophane (570 av JC) qui exprima le premier ‘’les Hommes ont créé les dieux à leur image. Ils croient que les dieux sont nés avec un corps et des vêtements et quÂ’ils parlent comme nous. Les Ethiopiens disent que leur dieux sont noirs et camus, les Thraces que les leurs ont les yeux bleus et les cheveux roux. Si les taureaux, les chevaux et les lions avaient su peindre, ils auraient représenté les dieux en bœufs, chevaux ou lions. » LÂ’utilisation des esclaves libère du travail, apparait alors une vie intellectuelle. Les Philosophes de la Natures, les présocratiques questionnent sur lÂ’origine des phénomènes naturels, sur les mythes. Les trois de Milet, Asie Mineure, Thalès, Anaximandre et Anaximène (570-526) discourent sur lÂ’existence dÂ’une substance unique, principe de tout qui explique les changements observés. Mais comment peut-elle prendre autant de formes ? Parménides (515-450) parmi les Eléates, groupe de philosophes grecs installés en la colonie dÂ’Italie du sud dÂ’Elée. Il y a des changements observables mais ce sont les sens qui mentent. Rien ne change, rien ne peut devenir autre chose que ce quÂ’il est. Il est le père des rationalistes. Héraclite (540-480), originaire dÂ’Ephèse en Asie Mineure, prétendait que tout s’écoule, rien nÂ’est éternel et que nos sens sont fiables. Par conséquent « il nÂ’est pas possible de descendre deux fois dans le même fleuve. Lorsque je descends me baigner la deuxième fois, le fleuve a changé et moi aussi. » Il a mis lÂ’accent sur les oppositions créatrices. Sans guerre, pas de pais, sans hiver pas de printemps Empèdocle (490-430) venu de Sicile a proposé une troisième voie en gardant confiance en ses sens avec les quatre éléments à lÂ’origine de tout : la Terre, le Feu, lÂ’Eau et lÂ’Air. Ainsi rien ne change, les quatre éléments sont toujours identiques. Tout change, les quatre éléments se composent et recomposent. Composition, séparation et recomposition nécessitent une force. Amour et Haine unissent et désunissent. Des forces spirituelles apparaissent. Anaxagore (500-428). Il est le premier philosophe dÂ’Athènes. Arrivé à 40 ans dÂ’Asie Mineure, il fut chassé de la ville pour athéisme ayant annoncé que le soleil était une pierre chauffée à blanc. Anaxogore repris la notion d’éléments et le prolongea annonçant que les quatre éléments devaient nécessairement être plus petits et plus nombreux. Des germes, des grains, des petites parties du Tout. La force existe. Elle serait lÂ’intellect, lÂ’intelligence. Il précède Démocrite. Démocrite (460-370), de la ville dÂ’Abdera sur la mer Egée fut le dernier philosophe de la Nature, le dernier des présocratique. Il trouva la notion dÂ’atomes (indivisibles en grec), petite partie du Tout, indivisibles, nombreux, se composant et recomposant de manière mécanique sans force spirituelle. Il existe des Lois naturelles derrière cette mécanique. Il est matérialiste. L’âme nÂ’est pas immortelle. L’âme est composée dÂ’atomes lisses et ronds qui se recomposent pour créer un autre cerveau. Merci à Olivier de cette découverte rafraichissante. Prochain post : Bienvenue à Athènes dans les années 450 avec les sophistes et Socrates, Platon La suite: Tags associés : monde, sophie, presocratiques, xenophane, democrite
Dimanche 28 Juin 20091 commentaire(s)
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